réal: Les frères
Coenfilm: Americain
sortie : 2009
Les Frères Coen font partie des rares réalisateurs que je trouve franchement géniaux. On leur doit récemment Burn After Reading que j’avais adoré, mais aussi les énormissimes Fargo et The Big Lebowski (entre autre). Je sais qu’ils énervent beaucoup de monde et que leurs films ne plaisent pas à tous les coups, mais pour ma part, je trouve qu’ils ont un style de dingue et des idées sacrément originales comparées à toutes les merdes que nous sort Hollywood. Alors quand les frères Coen font un nouveau film, je suis la première à aller le voir. En plus de ça, la culture juive m’a toujours intriguée, alors évidemment que je me suis ruée sur ce film, qui en parle et déconne sévère dessus.Enfin un film qui parle des juifs sans Ben Stiller, et enfin un film pourtant comique sans gags grotesques. Une vision ‘fraîche’ du sujet, inspirée par la vie de ses réalisateurs et de leur enfance dans un milieu juif américain.
A Serious Man nous relate la vie de Larry Gopnick, un professeur de physique juif, qui va voir sa vie s’effondrer au fur et à mesure du film. Tout commence avec sa femme, Judith, qui lui annonce qu’elle demande le divorce, et qu’elle trouverai ça normal qu’il dégage gentiment de la maison pour qu’elle puisse s’y installer avec un des voisins, Sy Ableman, un étrange bonhomme un peu trop branché sur la communication. A côté de ça, son travail est loin de bien se porter, et il se retrouve vraiment plus bas que terre. A Serious Man, c’est aussi la vie de son fils Aaron, et de tout le quartier. Larry va tout faire pour remonter la pente et va pour ça se tourner vers différents Rabbins qui vont s’avérer incapable de lui apporter une aide constructive. C’est pile le genre d’humour que j’apprécie grandement : rien de lourd, des acteurs très justes, des dialogues vraiment poilants (surtout ceux entre Larry et un étudiant Coréen qui essaye de le corrompre pour avoir une meilleure note à son examen).

Michael Stuhlbarg(Larry) joue parfaitement bien l’archétype du looser, du pauvre type qui n’a rien demandé sinon qu’on lui fiche la paix et à qui il n’arrive que des malheurs. C’est un sujet que les frères Coen avaient déjà exploités dans leur film précédent, Burn After Reading, et qu’ils continuent de développer ici. Loin des héros beaux grands et forts des films Hollywoodien, Larry n’en reste pas moins un personnage attachant et extrêmement drôle.Richard Kind joue le frère de Larry, un attardé doué avec les chiffres qui passe sa vie à bloquer la salle de bain. C’est la première fois que je vois Richard Kind dans autre chose que Spin City, et c’était donc un véritable plaisir de le voir dans le film, malgré un rôle très secondaire.
Le premier Rabbin est interprété par Simon Helberg, que certains connaissent sûrement pour son rôle de Howard dans une des meilleures séries du moment : Big Bang Theory. Alors que Larry lui parle de ses problèmes, le jeune Rabbin s’obstine à lui parler...du parking, en tentant lamentablement d’y voir une métaphore de la vie. Génial. Par contre, je ne connaissais pas vraiment les autres acteurs mais ils font tous un travail formidable, surtout la femme, Judith, très très drôle tout en restant très très sérieuse.
Le film montre d’une manière comique la société juive américaine et leur culture. On y voit leur tentative de préserver le judaïsme tout en étant encré dans l’American Way of Life.
’ A Serious Man livre ainsi, pour la première fois de manière aussi explicite, une clé essentielle de l'oeuvre des frères Coen : sa filiation avec la culture juive américaine. La spécificité de ladite culture étant précisément sa difficulté à se situer par rapport à une filiation. Pour deux raisons : l'acculturation rapide de la communauté juive aux Etats-Unis, et sa sourde culpabilité devant l'anéantissement qui frappa, à travers le judaïsme est-européen, son terreau originel, dans sa forme traditionnelle (le monde de l'étude religieuse) ou profane (la langue et la littérature yiddish, la lutte politique pour l'émancipation). Le judaïsme américain devient donc au XXe siècle l'incarnation exemplaire d'un judaïsme que la modernité dilue dans l'incertitude identitaire et la perte de ses repères. Existentiellement douloureuse et spirituellement angoissante, cette situation se révèle artistiquement fructueuse, notamment sur le plan d'un des derniers "traits juifs" pouvant prétendre à la pérennité : l'humour.’ (Le monde)
Bref, tout est réuni pour faire un film vraiment cool à regarder. Mais je connais beaucoup de monde qui n’a pas du tout aimé le film et l’a trouvé chiant à mourir. Alors je ne sais pas, mais personnellement, j’ai passé un moment drôle, agréable et original. On est bien sûr loin d’égaler les anciens films des frères Coen, mais on s’en fiche. On sent ici que A Serious Man est un film beaucoup plus personnel, et il en est donc tout aussi intéressant à mes yeux.

réal: Stephen Meadows


